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Journal La Broye – Terroir
06 janvier 2022
À Domdidier, les Jordan ont fait des vaches allaitantes une spécialité
Ne vous fiez pas à la taille du magasin de la famille Jordan car à l’intérieur de cette petite cabane en bois, le choix est immense. À côté de la viande de bœuf, produit phare du domaine, on trouve aussi des légumes de saison, des œufs, des yaourts, du lait entier, des pâtes artisanales, de nombreux fromages, des huiles, des farines ou encore du jus de pomme. Ce qui ne provient pas de l’exploitation est issu de producteurs des environs. « L’idée est d’offrir un assortiment le plus complet possible avec les spécialités régionales que la clientèle trouve l’été au marché de Domdidier, expliquent Catherine et Pierre-Yves Jordan. A 43 et 45 ans, ce couple de Fribourgeois est à la tête de l’Élevage du Pré d’Eissy dans la Broye. Leur cheptel bovin est constitué d’une cinquantaine de vaches limousines et leur viande labellisée Natura-Beef.
À côté de son activité de vétérinaire, Catherine Guerry Jordan seconde son époux, Pierre-Yves, qui élève une cinquantaine de vaches limousines, sur leur exploitation de Domdidier (FR). Les Jordan se sont lancés dans la vente directe il y a six ans, avec l’objectif d’écouler l’entier de leur production de façon autonome. « Nous sommes aujourd’hui à 95 %, se réjouit l’éleveur. Les bêtes sont abattues à Avenches (VD), à un poids de 250 à 300 kilos, et les morceaux sont préparés par un boucher de la région. Les Jordan proposent différents formats, à réserver et à venir chercher à la ferme. Il y a le carton tradition de dix kilos, constitué d’un mélange complet, une version gourmet à cinq kilos composée des parties nobles, un paquet de morceaux à mijoter, qui connaît un joli succès l’automne, ou encore des lots de grillades, le must de l’été. Le surplus est écoulé dans leur magasin de vente directe et dans quelques enseignes de la région.
A côté de l’élevage bovin, le couple engraisse des poulets pour la grande distribution et héberge une septantaine de pondeuses dans un poulailler mobile. Leur exploitation d’une soixantaine d’hectares produit aussi de l’huile de colza, des céréales IP Suisse cultivées sans herbicides, de l’orge, du triticale, du maïs, du lupin et des herbages. Cette diversification leur permet d’être aujourd’hui autosuffisants à 100% dans l’affouragement de leur troupeau bovin. La famille Jordan s’est spécialisée dans les allaitantes il y a cinquante ans. « Mon père a commencé en 1970, deux ans après avoir arrêté la production laitière. Au début des années 1990, il a aussi lancé le petit élevage de franches-montagnes que nous poursuivons aujourd’hui, raconte le Fribourgeois.
Sa ferme accueille actuellement trois juments poulinières et quelques jeunes des nés à la vente. « Il s’agit avant tout d’un hobby. Nous n’avons nullement l’intention de concurrencer le Jura. Nous faisons ça par passion pour cette race, confient Catherine et Pierre-Yves Jordan. Un virus transmis à leurs deux jeunes fils de 11 et 12 ans, qui possèdent déjà leurs propres élevages de lapins et de cochons d’Inde dans un coin de l’écurie. La relève est assurée.
UN LABEL PIONNIER EN SUISSE
La certification Natura-Beef a été créée en mars 1980 avec pour objectif premier de revaloriser les produits de l’élevage allaitant, alors en manque de débouchés. Le volume des ventes est passé de 300 têtes de bétail Natura-Beef, il y a quarante ans, à plus de 40 000 en 2019 Le label promeut un élevage le plus naturel possible, soit des veaux de race à viande allaités jusqu’à l’âge de dix mois, dont l’alimentation doit être ensuite complétée, avec de l’herbe et du foin. Le programme garantit également la détention en plein air avec pâture en été et sortes en hiver. Cette certification, qui existe en conventionnel et en bio, est gérée par l’association Vache mère Suisse, à laquelle peuvent adhérer les éleveurs du pays.
(AURÉLIE JAQUET)
Le Journal La Broye, La Der
17 juin 2021
Il n’est jamais trop tard pour faire ce qu’on aime !
Portrait.
Catherine Guerry Jordan, vétérinaire à Domdidier et passionnée par le monde paysan, vient de reprendre une deuxième formation, un CFC d’agricultrice, tout en lançant la famille dans un virage à 180° avec une démarche zéro déchet. Il y a des parcours comme ça qui semblent suivre un cap évident dès le départ. C’est le cas de celui de Catherine Guerry Jordan, d’aussi loin qu’elle se souvienne, la broyarde avoue une passion pour les animaux et a toujours été attirée par l’agriculture. Je n’y suis pas née, mais c’est un milieu que j’adore. À Domdidier, elle grandit déjà entourée d’une ménagerie de chevaux, chiens et chats. Ce fil animal l’a conduit vers des études de médecine vétérinaire avec un penchant agricole. Une opportunité professionnelle la fera bifurquer vers les petits animaux à la sortie de ses études, mais le lien n’est pas coupé.
Le monde paysan, elle l’embrasse à bras le corps en 2008, en même temps qu’elle épouse Pierre-Yves Jordan, qu’elle a rencontré durant ses études. Il vient du même village qu’elle et partage sa passion pour les chevaux. Ensemble, ils reprennent le domaine familial en 2011, essentiellement des vaches-mères pour la production de viande, mais aussi des grandes cultures de céréales en conventionnel IP suisse et trois poulaillers exploités avec un autre agriculteur du village. En parallèle, ils élèvent des franches-montagnes dont ils avaient déjà partagé le dressage et les concours d’attelage dès leur rencontre en 2002.
En 2012, ils construisent leur village à côté de la ferme, tandis qu’un an plus tard, elle ouvre son cabinet vétérinaire à Domdidier. À la ferme, une évidence s’installe rapidement, la vente directe de viande, dans l’air du temps aujourd’hui. L’idée étant de ne pas dépendre des grands circuits. En 2019, ils ouvrent un marché en libre-service à côté de la ferme en continuité du petit marché de Domdidier. La viande, Catherine Guerry Jordan va aussi la vendre au marché de Domdidier et à celui d’Hauterive, son petit plaisir du samedi matin.
Alors c’est tout naturellement que l’an dernier, en plus de tout ça, à 42 ans, celle qui est aussi maman de deux garçons, reprend une formation complète d’agricultrice. « Il y a 20 ans que je suis dans l’agriculture, mais je voulais comprendre, avoir les bases. Il n’est jamais trop tard pour faire ce qu’on aime », lance-t-elle, soucieuse de montrer que tout est possible pourvu qu’on y croit.
Dans la famille Jordan et Guerry, les idées tournent à plein régime. En 2017, Catherine n’a déjà pas hésité à faire prendre un virage à 180 degrés à toute la famille en la lançant dans une démarche zéro déchet. « On achetait pas mal de lait en briques. Je trouvais que c’était bête de ne pas acheter directement aux producteurs ». Le déclic coïncide avec l’ouverture du magasin en vrac d’Avenches. Elle se renseigne, lit, cherche à droite et à gauche, suit des cours et tout est révolutionné en deux mois. « Je suis connue pour être un peu extrémiste », reconnaît-elle, « et quand elle se lance, c’est à 200 % ».
Depuis, la broyarde ne fréquente quasi plus la grande distribution, à part pour des produits comme le papier toilette. Elle fait tout ce qu’elle peut elle-même ou achète local. Marie et fils adhèrent. Le ménage sort entre 60 et 100 grammes de déchets par jour. « Je pèse mes poubelles juste pour savoir où on en est ».
Catherine Guerry Jordan fabrique ses produits ménagers à partir des basiques savon noir et vinaigre. Son produit lessive, c’est de la cendre. « Mon beau-père chauffe au bois à la ferme, je peux récupérer de la bonne cendre de bois propre. Je la laisse décanter et récupère l’eau que je peux utiliser en lessive ». Aussi simple que ça, et efficace, son propre mélange pour le lave-vaisselle se compose de :
Cristaux de soude, percarbonate et acide citrique
Elle conserve ses oranges et agrumes diverses dans un bocal qui devient liquide de rinçage. Ses produits cosmétiques et ceux des soins de toute la famille sont aussi faits maison. « Il m’est devenu presque choquant d’aller acheter un produit de douche dans un supermarché. Lâche celle qui a pourtant une allure soignée et un milieu de la babacool ». Étonnamment, du temps avec tout ça, elle en gagne, assure-t-elle.
Il faut dire qu’elle est plutôt calée en organisation grâce notamment à son carnet noir, à cheval en entre l’agenda et le carnet de notes qui ne la quitte pas. « En achetant ma première bouteille de lait en vrac, je ne pensais pas en arriver là où on en est aujourd’hui. Je suis plutôt en train de vider ma maison. Moins on a, plus on est heureux. En consommant moins, on peut aussi revoir le budget à la baisse et lâcher prise. »
Texte Isabelle Kotella
Journal Agri, portrait
2 octobre 2020
Catherine Guerry Jordan, vétérinaire et apprentie agricultrice à Domdidier, Fribourg.
D’abord aimer, ensuite foncer.
Je n’ai qu’un seul carnet et j’y note tout : idées de menus, gâteaux à amener à l’école, …Vraiment tout. Catherine Guerry Jordan de Domdidier, Fribourg, a bien tenté de tenir un dossier par thème mais c’était trop complexe. Il n’y a finalement qu’une ou deux notes qui sont importantes et puis j’ai fait le deuil d’un cahier joli jusqu’à la dernière page.
Voici une femme organisée et pour cause. À 42 ans, cette mère de deux garçons de 10 et 11 ans vient de reprendre l’apprentissage d’un métier dont elle a longtemps rêvé, agricultrice. A-t-elle encore des choses à apprendre, elle qui aide à la ferme depuis si longtemps ? Je manque de connaissances au niveau des grandes cultures. L’écologie m’intéresse et je veux comprendre.
Le carnet de Catherine ne contient pas que des rappels pour les gâteaux et les menus. Vétérinaire à la tête d’un cabinet pour animaux de compagnie, elle seconde Pierre-Yves, son mari à la ferme, à la vente directe pour la comptabilité et l’élevage de franches montagnes. Issus du même village, passionnée par les chevaux, ces deux s’épanouissent au Pré d’Eissy. Elle rigole, ne vous y fiez pas, je suis un tyran. Avec son air taquin et son sourire en coin, impossible d’en douter.
Il y a quelques années, la famille s’est orientée vers la démarche zéro déchet. Y parvient-elle ? Non. On en est à 80-100 grammes par jour. Catherine achète beaucoup en seconde main. Mais au diable les clichés, bien qu’elle utilise que de la lessive à la cendre et des produits faits maison, tout est propre jusque dans les coins. Point de hippie ou d’ex-soixante-huitarde à l’horizon. Les extrêmes, ce n’est pas vraiment son genre.
La stratégie d’entreprise des Jordans se résume à ne pas mettre tous les oeufs dans le même panier. La quasi-totalité de la production de viande, l’exploitation compte 50 vaches mères, est commercialisée en vente directe, une grande partie sur commande anticipée par lot de 10 kg. Un grand avantage. On peut dire à quelle date on tuera la prochaine. Leur site internet propose plusieurs variantes : Tradition, Gourmet, à Mijoter, Viande hachée.
Aidé de deux apprentis, du papa de Pierre-Yves ainsi que des grands-mamans, la famille gère encore trois poulaillers en association et plusieurs dizaines d’hectares de grandes cultures et cultures fourragères. Elle l’avait dit d’emblée, tout est question d’organisation.
Finalement, l’important, c’est que Catherine se lève chaque matin heureuse. Sérieux ? Oui, je peux le dire. Il ne faut pas attendre demain pour vivre la vie que l’on veut vivre. J’écoute mon cœur et j’y vais. (Texte de Martine Romanens)
Date clé :
- 2005, fin d’études vétérinaires qu’elle complétera plus tard avec de la médecine comportementale.
- 2008, mariage avec Pierre-Yves, Catherine ajoutera le nom de son mari au sien. Je suis d’accord de m’augmenter, pas de me diminuer.
- 2009, naissance d’Arnaud puis de Thibault un an plus tard. Les deux s’investissent aux côtés de leurs parents.
- 2012, construction de la villa familiale à côté de la ferme qui date, elle, de 2002.
- 2018, début de la démarche zéro déchet.
TERROIR FRIBOURG « LA GAZETTE »
2021
L’Elevage du Pré d’Eissy, des générations de tradition C’est dans les prés fleuris, au lieu-dit du Pré d’Eissy, que cette histoire commence. Une histoire de famille vieille de plus de 200 ans qui a débuté à Domdidier. Une terre riche de traditions qu’exploitent aujourd’hui Catherine et Pierre-Yves. Ce dernier, passionné par l’agriculture depuis toujours, représente la cinquième génération. Il suit les traces de ses ancêtres en reprenant le domaine en 2011 et crée l’Elevage du Pré d’Eissy, après avoir obtenu son CFC d’agriculteur, son brevet fédéral et sa maîtrise.
Catherine, quant à elle, est à la tête d’un cabinet vétérinaire à Domdidier et effectue, en parallèle, son CFC d’agricultrice. Ce que ces deux terriens affectionnent particulièrement, c’est le travail avec leurs vaches allaitantes dans le respect de la nature et des animaux. C’est pourquoi ils ont labellisé leur bœuf Natura Beef» . L’élevage compte aujourd’hui une cinquantaine de Limousines avec leurs veaux, particulièrement bien adaptées au fourrage de plaine qu’ils produisent eux- mêmes.
Si Catherine et Pierre-Yves ont pour projet d’agrandir leur ferme, il leur tient à cœur de garder un élevage à dimension humaine. Mais cette histoire de famille ne s’arrête pas là. La jeune génération s’implique déjà dans le domaine. Agés de douze et onze ans, leurs deux garçons, Arnaud et Thibault, ont développé leur propre élevage de lapins fermiers dont la viande est toute fraichement « Certifiée Terroir Fribourg». (HÉLÈNE DUMOULIN)






